
Très régulièrement se tient à Paris BiblioMania, un salon du livre d’occasion et des archives qui est un rendez-vous incontournable pour les marchands professionnels comme pour le public des collectionneurs plus ou moins acharnés, même si ces deux populations ne sont pas en expansion.
Notre libraire Alexis Chevalier, alias « Le Pélican Noir », ne manque jamais d’y avoir un stand, le premier en entrant à gauche, l’un des plus grands. Il y propose chaque fois des choses différentes et atypiques voire extraordinaires. Pas seulement des livres et des journaux anciens, mais des photos, des affiches, etc. Cela au prix d’un travail dantesque et grâce à une compétence rare. Il travaillait donc à la préparation du salon nuit et jour depuis de longues semaines. Un travail à la fois intellectuel et très physique.
Le salon avait été programmé du 15 au 17 octobre dans le cadre prestigieux du Réfectoire de l’ancien couvent des Cordeliers. Il s’agit d’un bâtiment gothique rescapé dans ce qui reste d’un ancien quartier du Moyen Âge, entre le boulevard St-Michel et le boulevard St-Germain, en plein Quartier Latin, à deux pas de la Sorbonne et des grands lycées, au pied de la mythique librairie Gibert dont le sort est rien moins qu’assuré…
Quand ses organisateurs ont annoncé que BiblioMania était annulé pour « cause de grève et d’écoles fermées », certains ont pu penser qu’il s’agissait d’une décision d’un pessimisme excessif. Ces manifestations lycéennes n’étaient pas si terribles… Oui mais, pour avoir traversé ces trois derniers jours ce quartier (et quelques autres dans Paris), on peut témoigner que, désormais, des blocages mineurs ont des effets majeurs. C’est bien sûr la conséquence d’un urbanisme anti-voiture qui fait que le moindre incident bloque tout, sans aucun itinéraire de délestage possible, sans autre solution que d’attendre… Or un salon comme BiblioMania ne se prépare pas avec des vélos-cargos mais avec des dizaines de camions de déménagement et de camionnettes qui doivent arriver (et repartir) presqu’en même temps au même endroit par une rue de l’École de Médecine qui n’est pas très large…
Il y a eu une manif étudiante mardi, précédée de ses CRS, avec des barrages de Gardes républicains à cheval, notamment rue St-Jacques, qui a provoqué des heures d’embouteillages inextricables dans tout le quartier, et c’est cela qui a sans doute motivé la décision de la commissaire de l’exposition, car des camions ont dû rebrousser chemin dès qu’ils ont eu l’information. Mais on a pu constater qu’à de nombreux autres moments, il suffisait de quelques poubelles amoncelées devant une porte pour que tout se ralentisse. Ne parlons même pas de la grève des chauffeurs de taxis jeudi et des manifs à risques samedi. Comment accéder au salon et comment en repartir, avec parfois de lourds colis, dans ces conditions ?
Annuler Bibliomania, c’était la sagesse même à l’heure où les gens, dressés au télétravail depuis le Covid, y regardent à deux fois avant de se précipiter dans le centre de Paris avec des transports en commun aléatoires.
Mais ce que lycéens grévistes et édiles urbanistes ne mesurent pas, ce sont les conséquences durables de leurs mépris des problèmes des autres, conséquences peut-être définitives pour tout un commerce de livres, tout un monde culturel non subventionné et pourtant garant d’une civilisation de l’écrit sans laquelle le monde de demain sera bien moche. Espérons que BiblioMania pourra s’en remettre. Ayons de la compassion pour tous les exposants qui se retrouvent le bec dans l’eau après avoir investi de longues heures dans la préparation de leur stand.
Quant à la librairie Gay-Lussac-Fenêtre sur l’Asie, dont Alexis est l’un des gérants, on vous l’a déjà demandé, mais si vous pouvez faire un don aux amis de la librairie, celui-ci sera bienvenu. Et si vous pouvez venir acheter quelques livres nous seront encore plus heureux. 49, rue Gay-Lussac 75005 Paris de 13 h à 19 h 30 tous les jours sauf le dimanche. Et n’oubliez pas de nous donner 5 cœurs et un commentaire amical sur Google et les Pages jaunes. Car nous ne baissons pas les bras pour que Paris ne ressemble pas demain à la plupart des capitales mondiales où le commerce du livre d’occasion a complètement disparu.
