Serge Bonnet : Vers une Église sans peuple

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En partenariat avec les éditions du Cerf, nous recevrons à la librairie Yann Raison du Cleuziou,

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pour sa biographie du Père Serge Bonnet, « Vers une Église sans peuple » (416 pages, 25 euros) et un recueil d’homélies inédites du Père Bonnet (128 pages, 14 euros) tous les deux aux éditions du Cerf.

Il viendra le mardi 14 octobre 2025

au 49, rue Gay-Lussac 75005 Paris

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A partir de 19 heures : vente et dédicace de son livre.

De 20 heures à 21 heures 30, entretien animé par Gérard Leclerc.

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(participation aux frais 5 euros – gratuit pour les acheteurs des livres).

De 22 heures à 23 h 30, dîner possible dans un restaurant vietnamien du quartier où nous avons nos habitudes (réserver de préférence quelques jours avant car le nombre de places est très limité, prix du repas environ 25 euros).

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Serge Bonnet

L’apôtre de la religion populaire

par Frédéric Aimard

Le prêtre dominicain Serge Bonnet (né à Châlon-sur-Marne en 1924 et décédé à Moulins-lès-Metz en 2015) a eu son heure de gloire, dans les milieux catholiques, comme excellent prédicateur de la messe du dimanche matin au « Jour du Seigneur » sur la deuxième chaîne de télévision publique. On le vit aussi à l’emblématique émission « Apostrophe » de Bernard Pivot (en 1976) défendre les droits du petit peuple catholique, en compagnie de Maurice Clavel ou Pierre Boutang, dans une ère de bouleversements et de déclin des rites de toujours. Il fut un historien, précurseur et reconnu, de la sidérurgie lorraine, un analyste politique très lu dans la presse régionale (Républicain lorrain), un sociologue et archiviste à l’activité inlassable, un conseiller politique également auprès du ministre de l’Agriculture François Guillaume, voire du candidat Jacques Chirac du temps où celui-ci semblait pencher du côté souverainiste.

Le Père Bonnet aimait à rappeler que sa vocation religieuse ne lui était pas venue de ses parents, des gens modestes et très peu pratiquants, ni du catéchisme dont son indiscipline l’avait fait exclure un temps, mais d’un long cheminement d’enracinement spirituel dans une terre dont la proximité avec l’Allemagne a favorisé les invasions, avec leur cortège de violences et de destructions, favorisant la méditation sur l’absurdité du destin humain. 1792, 1814, 1815, 1870, 1914, 1940 sont déjà évoqués dans son premier ouvrage, consacré à l’histoire du pèlerinage de Saint-Rouin (Meuse) marqué par « l’éternelle odeur de guerre qui imprègne l’Argonne ». Serge Bonnet s’inscrit ainsi dans la filiation de l’écrivain nationaliste Maurice Barrès. Il fut aussi un lecteur de l’historien royaliste Jacques Bainville, grand connaisseur de l’Allemagne, et de l’Action Française qui modelèrent sa conscience politique. Plus tard il découvrit sa proximité avec les historiens Philippe Ariès ou Pierre Chaunu, encore plus tard se sentit proche de la Nouvelle Action Royaliste de Bertrand Renouvin et Gérard Leclerc. Le comte de Paris le considérait comme un ami.

Serge Bonnet comprit vite cependant qu’il ne fallait pas trop se revendiquer de ce genre de positionnement intellectuel dans la Sorbonne de la fin des années quarante, ou quand il décida, au milieu des années cinquante, de rejoindre le turbulent ordre des prêcheurs. Celui-ci était marqué par un esprit de contestation, bientôt gauchiste, qui culmina au moment de mai 1968. Le Père Bonnet résista alors, en son couvent de Nancy, jusqu’à faire presque sécession de ses frères et à obtenir une grande autonomie favorable à ses recherches scientifiques… La prudence était également de mise, bien entendu, lorsque la qualité de ses recherches historiques lui ouvrirent une grande carrière de sociologue des religions et d’enseignant au prestigieux CNRS grâce au patronage de Raymond Aron ou d’Émile Poulat…

Au reste, son esprit rebelle le préserva de tout embrigadement. Mais, surtout, son immense amour des humbles éclaira sa réflexion chaleureuse sur la nécessité et le sens d’une religion populaire, conservant notamment ses fêtes traditionnelles remontant à des temps païens que le sociologue et prêtre caractérisait comme l’équivalent de l’Ancien Testament hébreu pour nous autres barbares d’Occident….

On caricaturerait vite en voulant résumer un parcours aux mille facettes. Il fallait toute la finesse et l’empathie de l’historien du sentiment religieux Yann Raison du Cleuziou pour rendre compte de cette vie si fructueuse au travers de bien des épreuves. Il vient de publier une vaste synthèse sous le titre « Vers une Église sans peuple » qui caractérise bien la révolte du Père Bonnet et son inlassable combat militant au service de la foi des humbles. L’édition en même temps de quelques homélies redécouvertes dans les archives du Père Bonnet achève de constituer ce qui est un grand événement dans la vie des éditions du Cerf d’aujourd’hui, toujours animée par les dominicains.

Yann Raison du Cleuziou, Vers une Église sans peuple ? Serge Bonnet et le catholicisme populaire, Cerf, 416 pages, 25 euros.

Serge Bonnet, L’Évangile à portée de main. Sermons pour les catholiques festifs, Cerf, 28 pages 14 euros.